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« Le monde serviciel autour de nous est totalement déconnecté de la réalité scientifique des ressources disponibles et de l’impact humain », Gregory Pouy.

gregory pouy auteur vlan

À l’occasion de la sortie de son ouvrage « Insoutenable Paradis – Ecologie et mode de vie : réagir sans tout sacrifier », rencontre avec l’analyste culturel et podcasteur Gregory Pouy.

Journal du Luxe : Que se cache t-il derrière le concept d’Insoutenable Paradis ?

Gregory Pouy : J’ai écrit ce livre car je trouvais les propos autour de l’écologie très binaires et générateurs de pensées limitantes. Ce n’est pas « devenons fermier » versus « la technologie va nous sauver » ! Cette culpabilisation écologique dans les récits de société qui sont les nôtres me semble insupportable. On propose deux injonctions contraires aux consommateurs : « soyez respectueux mais surtout, conservez cette idée que le bonheur c’est l’accumulation et la sur-consommation… »

Le titre du livre est un oxymore car nous vivons dans des contradictions perpétuelles, très souvent sans s’en rendre compte. D’abord cette société moderne que l’on a créé nous coûte cher : burn out, suicide, baisse de l’espérance de vie dans les sociétés occidentales… On parle beaucoup d’écologie punitive sans se rendre compte de quoi on se punit aujourd’hui. Par ailleurs, nos modes de vie ont des répercussions désastreuses dans d’autres pays, sur des milliards de vies. Il va falloir penser à ne pas juste « arrêter » pour se donner bonne conscience mais à évoluer vers une réelle transition. Et puis, de l’autre côté, ce paradis que nous recherchons, nous l’avons créé : nous avons créé un monde avec suffisamment de richesses qui, si elles étaient équitablement partagées, permettrait à chacun.e de vivre de manière décente.

JDL : L’appel à la déconsommation est-il la seule arme marketing pour nous sauver ?

GP : Ce n’est pas tant un appel à la déconsommation mais à une consommation éclairée et raisonnable. Le monde serviciel autour de nous est totalement déconnecté de la réalité scientifique des ressources disponibles, mais aussi déconnecté des impacts sur des personnes en chair et en os. Le rôle du marketing est de mettre en avant de nouveaux récits désirables autour d’une autre manière de consommer – qui relève finalement plus du bon sens que de tout autre chose -, mais aussi de revoir le design des produits pour limiter l’impact au maximum. Quitte à remettre en cause le « What », sa manière de gagner de l’argent, dès lors que l’impact business est fondamentalement problématique. Cela implique sans doute de repenser le terme de « croissance », tout comme celui de « performance ».

JDL : Quelle est la responsabilité du Luxe dans cet Insoutenable Paradis ?

GP : Historiquement, le luxe est fondamentalement écologique : production sur place, pièces conçues pour durer dans le temps, maintien des savoir-faire…. mais il s’est perdu. Le luxe doit retrouver ses lettres de noblesse. Il a été emporté dans sa course vers les profits, comme l’a décrit Friedman dans les années 70. On a cherché à réduire les coûts tout en maintenant, voire en augmentant les prix. On a perdu l’essence du luxe en essayant de générer un maximum de consommation.

JDL : Vous croyez au pouvoir des marques pour nous éveiller à la conscience écologique. Quel peut-être le rôle spécifique de la filière Luxe ?

GP : Oui, je suis convaincu que dans le triptyque société civile / gouvernement / entreprises, les entreprises ont désormais un rôle central à jouer. Les consommateurs les plus avertis ont bougé et désormais les entreprises doivent faire leur part : intégrer les gaz à effet de serre dans leurs produits, relocaliser au maximum, se repositionner sur des produits durables, prévoir de les réhabiliter dans le temps et de revoir totalement les récits au sein des publicités qu’ils délivrent. Il faut prendre un point d’arrêt et regarder l’impact qu’ont les publicités sur nos vies, c’est essentiel.

JDL : L’objet de Luxe, par sa dimension magique, peut-il nous initier à une nouvelle spiritualité de société ?

GP : Il y a beaucoup de définitions du terme « luxe » et autant de « spiritualité »… Le luxe a, à l’origine, cette dimension intemporelle et s’il la retrouve alors oui, il pourra avoir cette dimension magique. Mais force est de constater que c’est loin d’être le cas pour la grande majorité des marques aujourd’hui. Le fait d’observer à quel point les marques de luxe ont ignoré le marché de la seconde main est un exemple évident. Il y a bien sûr des exceptions auxquelles je pense, mais elles ne sont pas nombreuses.

JDL : Vous appelez à redécouvrir « l’écosophie ». Quels en sont les fondamentaux ?

GP : Au sens étymologique, l’écologie, signifie «le discours sur la nature» mais il arrive toujours un peu trop tard et il est évident que pour la période que nous vivons, parler d’écologie ne suffit plus. Le plus important dans l’écologie est de faire état qu’il y a une nature avec laquelle il faut bien vivre. L’écosophie, au sens étymologique, c’est «la sagesse de la nature», la connaissance de ce qui nous entoure. On passe d’une volonté politique à une réalité où il va falloir vivre dans et avec la nature qui nous entoure.

L’écosophie est de considérer que l’Homme est une espèce comme une autre qui fait partie d’un ensemble beaucoup plus grand. Il n’est donc pas au-dessus mais au même niveau. Cela permet donc à l’humain de se reconnecter avec la nature et son impact sur elle quand on consomme de l’eau, de l’électricité, que l’on mange, bref chaque fois que l’on agit et encore plus une économie dans laquelle on produit plus que l’on en a besoin.

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