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INTERVIEW – Rencontre avec Lucas de Staël

lucas de stael monture

Le marché de la lunette discount prend de l’ampleur, les ventes en ligne progressent et beaucoup de boutiques traditionnelles d’optique ferment leurs portes. Alors que le milieu de gamme perd des parts de marché, les segments premiers prix et haut de gamme continuent à se développer. Lucas de Staël et sa jeune marque éponyme de haute lunetterie « made in Paris », conquiert tranquillement de nouveaux marchés avec ses montures de lunettes entièrement faites à la main avec des matériaux atypiques et nobles.

Le Journal du Luxe a rencontré Lucas de Staël dans sont atelier-loft du 19ème arrondissement de Paris.

Lucas de Stael

Le marché de la lunette artisanale de luxe, vu par Lucas de Staël

Journal du luxe : Comment évolue le marché de la lunette artisanale de luxe ?

Lucas de Staël : Le marché progresse bien, car il y a de plus en plus de porteurs de lunettes et de plus en plus d’opticiens dans le monde. La lunette artisanale doit représenter aujourd’hui environ 10 % en volume. La demande progresse et de plus en plus de designers s’intéressent à la lunette.

Il y a aussi de la monture de lunette en impression 3 D, ce qui est du luxe car techniquement, c’est très compliqué à réaliser.


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En France, c’est un peu différent, 12 % des boutiques d’optique ont fermé ces dernières années et elles vont continuer à disparaître car le gouvernement a publié le 20 novembre 2014 ce fameux cadeau aux mutuelles, qui ne rembourseront bientôt plus les montures au dessus de 150 €. Cette loi va tuer les fabricants français ; à ce prix là, il y a 99 % de chances pour que les montures vendues viennent de Chine. La plupart des clients choisiront des montures à bas coût.

fabrication lunettes lucas de stael

Journal du luxe : Comment êtes-vous devenu designer de montures de lunettes ?

Lucas de Staël : J’ai fait 7 ans d’études à l’ENSCI-Les Ateliers, l’une des meilleures écoles de design industriel en France. J’y suis entré à 17 ans, pour 5 ans ; une grosse partie de mon cursus était lié au développement durable. J’avais un intérêt particulier pour les phénomènes naturels, pour l’eau, les énergies…la matière en général.

J’ai fait un stage en lunetterie à Marseille, qui m’a énormément plu.

Il y a 30 ans, Alain Mikli a été le premier créateur à faire bouger le design de la lunette et c’est grâce à lui qu’il y a autant d’innovations aujourd’hui dans ce secteur.

Très vite, j’ai déposé un brevet que j’ai revendu à une grosse entreprise. J’ai gagné un concours, ce qui m’a donné de la visibilité. Durant mes études, j’ai aussi travaillé pour Cebe, fabriquant de masques de ski français. J’ai terminé mes études avec un gros bagage en développement durable et énergie et un petit bagage autour de la lunette. J’ai un côté un peu geek ; à chaque fois que je vois un matériau, je me dis « est-ce qu’on peut faire des lunettes avec ça »? A l’ENSCI, j’ai été formé plus sur la technique que sur l’esthétisme du design. Je suis passionné par l’innovation et la création de process, par l’alchimie qui permet de découvrir de nouvelles matières.

En sortant de l’école, j’ai travaillé comme lunetier pour Face à Face, créateur de lunetterie d’art française à l’ancienne avec un chic contemporain. J’ai amélioré mes compétences en stylisme. Mais je suis designer et un designer, c’est le lien entre l’ingénieur et le styliste. J’ai trouvé que la fabrication des lunettes était trop compliquée, qu’il y avait trop de pièces et d’opérations. J’ai donc monté mon entreprise : Undostrial, avec laquelle j’ai créé des lunettes avec juste une feuille d’acier pliée. Il y avait juste de la découpe.

Huit ans plus tard, avec Alexandre, mon collègue styliste, j’ai créé la marque Lucas de Staël, pour faire des lunettes aux formes plus classiques en misant tout sur la singularité des matières et des matériaux. En innovant dans la manière de travailler les matériaux et dans le résultat : la finesse, la souplesse, les détails de la finition… un coté un peu japonais dans la finesse.

 

lucas de stael monture

Journal du luxe : Combien de montures fabriquez-vous à l’année ?

Lucas de Staël: Nous fabriquons 6000 pièces à l’année : nous sommes tout petits. La plupart des entreprises qui fabriquent des lunettes depuis 9 ans en fabriquent plutôt 100 000, mais nous, nous faisons tout à la main, sans nous presser ; on sait qu’on a encore une bonne marge de progression. Une collection comporte 300 pièces et nous renouvelons 50 % des modèles sur chaque collection.

Journal du luxe : Quels sont les poids de vos montures en granit, ardoise etc..?

Lucas de Staël : Les lunettes pèsent entre 18 et 22 g ; elles ne sont pas plus lourdes que des lunettes acétate, même si elles sont en liège, en cuir, en ardoise ou en granit.

Journal du luxe : Combien de temps faut-il pour fabriquer une paire de lunettes Lucas de Staël ?

Lucas de Staël : Ici, en atelier, on est à 2 h 1/2 de travail en moyenne par paire, soit 2.70 à 3 paires par jour par personne. Nous travaillons tout doucement ; il y a 32 opérations à réaliser pour faire une paire de lunettes. Je souhaitais simplifier le travail à mes débuts, mais pour faire des lunettes de grande qualité, j’ai dû complexifier les process. Dans la lunette, il est courant de voir 200 à 300 pièces réalisées par personne par jour. Une paire de lunette industrielle est faite en 2 mn 40. Certains designers industrialisés ont 25 mn de travail manuel sur une paire de lunette. Et puis il y a l’usinage.

lunette originale lucas de stael

Journal du luxe : Quelle est la durée de vie des montures Lucas de Staël ?

Lucas de Staël : Nos lunettes sont garanties 2 ans. Cela ne fait que 3 ans que nous les produisons, nous n’avons donc pas encore suffisamment de recul. Cependant, nous faisons passer à nos montures des tests de vieillissement dans des machines qui reproduisent des caractéristiques de climats extrêmes : vent, tempête, sable, eau salée, soleil, chaleur, froid. Grâce à ces tests, nous avons renforcé leur résistance à la corrosion.

Journal du luxe : A qui sont destinées vos lunettes ?

Lucas de Staël : Nous sommes sur un marché de connaisseurs. Nos clients sont plutôt des gens qui s’intéressent aux métiers d’art, qui reconnaissent les beaux matériaux, la belle façon. Actuellement il y a un vrai retour d’intérêt pour ces valeurs. Nous sommes sur une tranche d’âge à partir de 40 ans ; des gens qui peuvent se permettre financièrement d’acheter des pièces de Haute Lunetterie.

La fourchette de nos prix s’étend de 690 € à 2000 € pour les montures en crocodile. Le milieu de gamme est à 1 200 €.

Nous faisons entre 70 % à 80 % de notre CA à l’export.

Journal du luxe : Comment définiriez-vous l’ADN de la marque Lucas de Staël ?

Lucas de Staël : Fabriquer des produits de grande qualité avec les moyens du bord. Nous n’avons pas choisi d’être dans le luxe pour être dans le luxe. Notre parti pris était de travailler de très beaux matériaux, en prenant le temps de tout faire à la main avec une grande précision ; de fait, nous sommes dans le luxe. Chaque membre de l’équipe apporte ses petites améliorations. Ainsi, au bout de 2 ans, certaines montures ne sont plus tout à fait les mêmes ; elles sont mieux. Nous travaillons avec des gens de confiance à qui nous laissons de la liberté dans leur travail.

Nous sommes proches de la matière. Nos montures sont « Made in Paris » et nous achetons nos matériaux chez des fournisseurs locaux. Nous n’avons aucune machine de lunetier, mais créons nous-mêmes nos outils de travail.

L’objectif initial de notre société était de défaire les procédés industriels, c’est pourquoi le nom choisi il y a 9 ans pour notre première marque est UNDOSTRIAL.

 

atelier lucas de stael

Journal du luxe : Quel est votre luxe à vous ?

Lucas de Staël : Je n’ai pas beaucoup de luxe ! … Si, prendre un petit café en terrasse le matin, quand j’ai du temps ! (rires) Pendant des années, je n’ai fait que travailler. Mon vrai luxe c’est d’avoir mon espace à moi, où je fais autre chose que travailler.

J’aime aussi beaucoup la montagne. A 18 ans j’ai fait le Machu Picchu ; j’ai fait l’Anapurna il y a 3 ans, Ladakh au Cachemire l’année suivante, puis l’Amazonie et l’été dernier, les îles de la Réunion : magnifiques !

Mon luxe est aussi le bonheur de regarder les étoiles dans les yeux des clients qui découvrent nos lunettes sur les salons !

lucas de stael monture

minotaure lucas de stael

 

Pour découvrir les créations Lucas de Staël : http://lucasdestael.com/

Anne

Anne se passionne pour l'horlogerie et la joaillerie tout en gardant un œil sur son marché de prédilection: le secteur du tourisme et plus généralement tout ce qui touche aux voyages Anne est une aventurière des temps modernes.



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