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Résilience : comment répondre à l’adversité lorsque celle-ci vous fait tanguer ?

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Le Club des Chroniqueurs du Journal du Luxe présente en exclusivité la chronique de Vanessa Orzechowski, High Performance Coach et préparatrice mentale.

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“L’homme se découvre lorsqu’il se mesure à l’obstacle” écrit Antoine de Saint-Exupéry dans Terre des hommes. Il y a des situations qui vous font perdre pied malgré vous.  Perte d’un proche, accident, burnout ou plan social brutal…Un événement et la vie bascule. Comment traverser une épreuve lorsque la douleur nous plonge dans l’obscurité ? Le sage dirait qu’il y a ce qui dépend de nous, et ce qui ne dépend pas de nous, que le premier pas est l’acceptation.

Comprendre la résilience

L’existence comporte son lot d’épreuves et certaines font plus mal que d’autres. Certaines personnes sont impactées jusqu’à les empêcher de donner le meilleur d’elles-mêmes tandis que d’autres renaissent de leurs cendres. Pourquoi ?

La résilience émerge lorsqu’un ou plusieurs événements viennent nous blesser physiquement, moralement, émotionnellement et/ou mentalement. Elle naît du traumatisme vécu. En psychologie, on parle de la capacité d’une personne à résister à une épreuve brutale et à en tirer parti pour se renforcer. Dans la vie personnelle comme en entreprise, certains chocs peuvent être foudroyants. Les systèmes de protection ou d’adaptation provisoires sont alors activés pour réduire leurs effets sur notre équilibre. Hébétude, sidération, déni, recherche de sens… A chacun sa manière d’encaisser la violence d’un impact, surtout s’il n’y a jamais été préparé, spécialement dans son enfance. Boris Cyrulnik, neuropsychiatre français, explique le syndrome psychotraumatique. Quelque chose en soi se fige, on ne pense qu’à ce qui nous est arrivé. La mémoire est comme stoppée. Dans le cas où la personne est isolée, non entourée, ni aidée ; les conditions à l’expansion du trauma sont réunies. Elle devient peu à peu prisonnière de cette fraction de son passé, ressassée en boucle. Or c’est la manière dont elle éprouve les faits, dont elle les interprète pour mieux les revisiter qui permet d’activer le principe de résilience.

Lorsque Sheryl Sanberg, directrice des opérations de Facebook perd à 48 ans son mari David, sa vie s’écroule. Le chagrin la submerge. “Au début, j’ai cru que je ne pourrais pas survivre aux minutes, aux jours, aux semaines, aux mois (…) Quand je suis retournée travailler, j’étais tellement accablée de chagrin que j’arrivais à peine à terminer une journée ou même une réunion.” Sur ce chemin, certains mobilisent une force de caractère dont ils sont porteurs depuis toujours, d’autres se découvrent dans des forces qu’ils n’avaient jamais envisagées. L’écrivain Jacques Lusseyran, aveugle à l’âge de 8 ans, s’engage dans la résistance à 16 ans. Il sera dénoncé, emprisonné, puis déporté à Buchenwald. Invité par Pierre Desgraupes dans son émission « Paroles en France » en 1953, il raconte « Si je n’avais pas été aveugle je ne pense pas que je serais rentré à l’âge de 16 ans -c’est à dire très tôt- dans des activités importantes de résistance. Ma cécité m’avait donné une chance de faire un bond très brusque dans ma vie intérieure et d’apprendre à regarder tous les événements que je vivais « du dedans ». Le point de vue moral sur les choses m’était beaucoup plus naturel du fait que j’étais devenu aveugle. Aussi lorsque la France a été occupée par l’Allemagne en 1940 j’ai senti que des valeurs humaines étaient mises là en jeu qu’il fallait défendre par n’importe quel moyen. »

Si l’aptitude à mobiliser ses propres ressources comme le courage, changer de point de vue sur son vécu, (re)trouver du plaisir dans des petites choses, ou voir plus grand que soi est essentielle, avoir un entourage positif permet d’accélérer le processus de résilience pour envisager “un après” tout en vivant “avec”. Dans son livre « Et la lumière fut », Jacques Lusseyran l’illustre parfaitement. « Il existe pour un enfant aveugle une menace plus grande que toutes les plaies et bosses, que toutes les égratignures et que la plupart des coups : c’est l’isolement à l’intérieur de lui-même. »

Les facteurs encourageant la résilience 

Plus l’environnement est propice à la qualité de lien, à la solidarité et à la confiance, plus la renaissance est encouragée. A la phase de chaos se succède la phase de transformation créatrice : intégration de la situation, reconstruction du soi individuel ou collectif, adaptation à de nouveaux rôles, création de nouveaux liens. Un monde nouveau voit le jour.

Sheryl Sandberg a choisi de révéler très vite son histoire à ses collaborateurs et au grand public à travers un post Facebook. Pour un manager ou un collègue, comment réagir à ce que traverse l’autre ? Comment lui éviter de se sentir isolé ou mis de côté ? Dans une interview réalisée par la Harvard Business Review, elle explique le risque évident de voir déteindre ce drame sur d’autres parties de la vie. “Il est important que nos entreprises accordent à chacun le temps dont il a besoin pour faire son deuil et se remettre”. Rétrospectivement, Sheryl décrit par voie d’expérience un moyen de soutenir l’autre dans l’adversité. Si l’expression “traitez les autres comme vous voudriez être traité” est bien connu, il se peut que son propre fonctionnement diffère totalement de l’autre. Ainsi, elle propose une autre approche en “traitant les autres comme ils souhaitent être traités”.

Revisiter sa relation à l’échec

Nicolas Bachir est coach et boxeur professionnel en Muay Thaï. Il a connu la consécration au niveau national, européen et mondial, comme la défaite. Pour lui, développer sa capacité à vivre l’échec est essentielle. “Pour entrer dans un ring, il faut faire preuve de courage. Lorsque la cloche sonne, on tape les gants et la pression monte. Vous savez que si le mental lâche, vous pouvez tout perdre. Il faut accepter de se confronter aux meilleurs, et maintenir son envie de vaincre tout du long, quelques soit la dureté du combat. Hors du ring, certains vous encouragent, d’autres vous sifflent. Ça peut être violent. Il faut résister à cette pression, à l’envie d’abandonner si vous vous retrouvez à terre après un coup et s’obstiner à aller chercher en soi la force de se remettre debout. Peu importe la difficulté, il faut absolument rester concentré sur son objectif et ne rien lâcher.”

La préparation mentale entraîne les sportifs de haut niveau à sortir rapidement d’une spirale émotionnelle négative, à tirer des apprentissages de l’échec et à focaliser sur la meilleure manière d’aborder la prochaine épreuve : mentalement, émotionnellement, physiquement et techniquement.  Le droit à l’échec est un facteur de résilience. Il permet à l’athlète de retourner en compétition après une blessure ou une défaite. En entreprise, il en est de même. Le droit clairement accordé au collectif de faire des erreurs permet d’aborder ces dernières sans jugement pour mieux les corriger rapidement et permettre au système entier d’évoluer positivement. Ce qui est nier ou cacher ne peut être gérer correctement.

Avec Nicolas, nous finissons par conclure que l’échec est le point de départ d’un renouveau tout comme la victoire ne se trouve pas forcément là où on croit. « Avoir le courage de faire le premier pas, de se relever lorsque l’on a pris un coup ou retourner au combat après une défaite constitue en soi une victoire dont on peut définitivement être fier ».

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